La phase préalable au programme d’actions de prévention des inondations (PAPI) Bruche Mossig comprend une étude globale du bassin versant Bruche Mossig et l’élaboration d’un schéma de gestion du risque inondation. L’étude menée entre fin 2022 et début 2026 comprend :

    • Un diagnostic hydrologique : l’évolution du débit des cours d’eau selon la quantité de pluie qui tombe. Deux phénomènes météorologiques pouvant générer des crues seront pris en compte : des phénomènes « d’hiver » avec une pluie sur plusieurs jours, parfois combinée à la fonte des neiges (comme en février 1990) et des phénomènes de « printemps/été » de type orages, souvent localisés, avec une forte intensité pluviométrique (comme en juin 2016 à Wasselonne ou en juin 2018 à Gresswiller).
    • Un diagnostic hydraulique : une modélisation du bassin versant permet de simuler différents niveaux de crues et de calculer les hauteurs et les vitesses dans la rivière. La modélisation permet d’identifier les zones inondées aussi appelées enveloppes de crues. L’étude prend en compte les aménagements existants pour la protection contre les inondations, tels que les digues.
    • Un diagnostic hydromorphologique : un diagnostic de l’état physique et écologique des rivières, de la capacité de mobilité de la rivière, de la présence et de la fonctionnalité des zones humides, des altérations aux écosystèmes aquatiques.
    • Un diagnostic des enjeux : un recensement des bâtiments et activités potentiellement inondables (habitations, services publics, entreprises, réseaux de transports, réseaux d’énergie, etc.).

L’ensemble de ces diagnostics permettra ensuite d’évaluer la vulnérabilité du territoire aux inondations et de montrer les zones les plus exposées à ce risque. Pour la première fois, une carte des zones inondables sera produite sur les affluents de la Bruche (Ruisseau d’Albet, Framont, Climontaine, Magel, etc.).

La deuxième phase de l’étude, réalisée en 2025, consiste à proposer des solutions pour réduire les conséquences dommageables des inondations. Par exemple, il pourrait être envisagé de redonner plus de place à la rivière ou de sur-inonder des zones sans enjeux bâtis déjà inondées à l’aide d’ouvrages dits de « ralentissement des crues ». Une stratégie d’adaptation des bâtiments existants pourrait aussi être proposée dans certains secteurs avec la préconisation de dispositifs de protection individuels. Pendant cette deuxième phase, une concertation sera organisée avec les acteurs du territoire et les habitants pour construire un projet partagé, qui répond aux préoccupations locales. Les solutions retenues seront réalisées dans le cadre d’un PAPI Bruche Mossig, à partir de 2026.

La mission a été confiée en novembre 2022 aux bureaux d’études SETEC HYDRATEC et SEPIA CONSEILS pour un montant d’environ 600 000 €.

 

Phase 1. Diagnostic du risque inondation sur le bassin versant

Le risque inondation par débordement de la Bruche est relativement bien connu. Des plans de prévention des risques inondations ont été établis par les services de l’État (approuvés en 2019) et des stations hydrométriques permettent de suivre les variations de niveaux d’eau. La connaissance des zones inondables nécessite toutefois d’être actualisée pour prendre en compte l’évolution du territoire (urbanisation, voiries, modification de la topographie, etc.).

Le fonctionnement des affluents de la Bruche est beaucoup moins connu, ils n’ont pas (ou peu) fait l’objet d’études hydrauliques. Ces affluents sont particulièrement sensibles aux risques de débordement « rapide » suite à un orage par exemple. Afin de collecter des données de terrain, le Syndicat et le bureau d’études Hydratec ont mené des ateliers de cartographie participative avec les communes aux mois de janvier et février 2023. Ces ateliers ont permis d’identifier les zones inondées par le passé, les ouvrages qui font obstacles aux écoulements, les projets d’aménagement à proximité des cours d’eau, les érosions de berges, etc. Ce partage de connaissance est indispensable pour que les modélisations hydrauliques soient les plus réalistes possibles.

En complément, le bureau d’études a réalisé des investigations de terrain et une analyse bibliographique des études et données existantes. L’étape d’état des lieux a été validée en juin 2023 (cf. rapport ci-après).

   

L’étape suivante de l’étude est une analyse de l’hydrologie : elle consiste à déterminer la réaction du débit d’une rivière en fonction de la pluie qui tombe sur le bassin versant (durée, intensité). Les résultats de cette phase sont des données de débits en fonction de la quantité de pluie tombée. Des débits statistiques sont ainsi déterminés. Par exemple, le débit centennal correspond à une crue qui a 1 (mal)chance sur 100 de survenir chaque année. Ces résultats sont comparés à des épisodes de crues connus pour les vérifier, à partir des données Météo France et des observations de terrain.

Un modèle hydraulique a été construit pour simuler la dynamique des crues et identifier où des débordements peuvent survenir. Le modèle numérique est créé à partir de données topographiques : un modèle numérique de terrain élaboré par levés LIDAR (issues du programme LIDAR HD de l’IGN) et des levés topographiques réalisés sur le terrain par des géomètres en 2023 (cf. article Levés topographiques). La fiabilité du modèle est testée en comparant les résultats pour des crues connues. Par exemple, la crue de février 1990 a été simulée et les résultats comparés aux observations de terrain à partir des photographies, repères de crues et témoignages.

En parallèle, les « enjeux » qui pourraient être exposés au risque inondation sont recensés. Les « enjeux » peuvent être des habitations, des entreprises, des bâtiments publics, des routes, des voies ferrées, des réseaux (eau, assainissement, électricité, gaz), etc. Le croisement entre ces enjeux et les zones inondables permettent de définir la vulnérabilité au risque inondation du territoire. Cela permet d’évaluer les bâtiments et réseaux qui seront directement inondés mais aussi les conséquences dites « indirectes » : coupures d’électricité, arrêt des transports en commun, routes coupées, etc.

L’étude comprend aussi une approche hydromorphologique qui consiste à évaluer l’état physique des cours d’eau : forme du lit du cours d’eau, mobilité latérale naturelle possible ou contrainte, granulométrie, végétation, etc. L’espace de bon fonctionnement idéal du cours d’eau est évalué et comparé à l’espace actuel laissé au cours d’eau. Ce diagnostic permettra par la suite d’identifier les potentiels de renaturation des cours d’eau, qui est un moyen de réduire les conséquences des inondations.

Cette phase de diagnostic s’est achevée en janvier 2025.

La phase 2 consiste à croiser tous les résultats et définir la vulnérabilité du territoire face au risque inondation. Cette étape permet une connaissance fine du risque inondation dans chaque commune mais aussi d’identifier les secteurs les plus vulnérables à l’échelle du bassin versant. L’étude comprend aussi une approche des dommages dits « indirects » ou « effet domino« . Par exemple, lors d’une crue majeure des habitations non inondées peuvent être impactées par une coupure d’électricité ou d’eau potable.

A partir de ce constat, des solutions sont proposées pour réduire les conséquences dommageables des inondations. L’objectif est de redonner de la place aux rivières qui ont été fortement contraintes, notamment la Bruche, et de favoriser les inondations en dehors des zones urbanisées. Les enjeux environnementaux seront pris en compte pour que les projets de travaux soient si possibles favorables aux milieux aquatiques et à la biodiversité ou a minima réduire leurs impacts.

Les élus et acteurs locaux (services de l’Etat, monde agricole, associations) sont associés pour définir les solutions à retenir.

 

Synthèse du diagnostic de vulnérabilité du territoire 

Le diagnostic de la vulnérabilité du territoire Bruche Mossig a identifié 5 816 bâtiments d’habitations pieds dans l’eau en cas de crue centennale soit environ 18 000 habitants, ce qui représente 15% de la population totale du bassin versant.

De même, 2 500 entreprises seraient directement impactées en cas de crue centennale sur le bassin versant, soit environ 10 000 emplois impactés.

La vulnérabilité au risque inondation est plus importante entre Mutzig et Strasbourg : sur ce territoire de piémont puis plaine, les zones inondables sont plus vastes et la densité de population et d’entreprises plus importante. L’agglomération strasbourgeoise est reconnue comme Territoire à risque important d’inondations (TRI) à l’échelle nationale.

Les inondations provoquent également des impacts indirects par l’endommagement des réseaux avec un « effet domino ». Par exemple, pour une crue centennale, 460km de routes et 32km de voie ferrée seraient impactés. Les axes les plus concernés sont la route départementale D1420, l’accès à l’aéroport de Strasbourg-Entzheim et la ligne ferroviaire Strasbourg-Saint-Dié. Les réseaux d’électricité sont également vulnérables et peuvent entraîner des coupures d’alimentation puis en cascade des coupures de chauffage, de télécommunications, de transports, etc.